Bien que loin de la Suisse, je continue à me tenir au courant.
Ainsi, Moritz Leuenberger aurait-il décidé qu’une 3ème voie de chemin de fer sur l’ensemble du tronçon entre Lausanne et Genève n’était pas une première priorité.
Voilà qui, vu de Suisse-Romande, manque singulièrement de vision, et qui provoque une levée de boucliers. Cela inspire beaucoup de monde à écrire sur le sujet, moi y compris. Et j’ai beaucoup de choses à dire. Donc pour cet article, au revoir la règle du billet court je crains.
En premier lieu, je veux bien croire que tous les projets sont importants et prioritaires pour ceux qui sont concernés, et que le choix d’éventuelles coupes n’est jamais facile.
Tout de même. J’ai l’impression que les priorités ne sont pas toujours mises au bon endroit. Il convient tout d’abord de classifier, de manière simplificatrice, 2 types de fréquence d’usage :
- L’usage quotidien, en général pour des trajets inférieurs à une heure, par un groupe d’utilisateurs défini comme “pendulaires.”
- L’usage occasionnel, généralement pour de longues distances.
Je suis convaincu qu’il faut améliorer la situation pour un maximum d’utilisateurs réguliers, vu que la tarification des CFF peut être dissuasive pour l’utilisateur occasionnel, surtout celui qui n’aurait pas franchi le pas de s’acheter l’abonnement demi-tarif.
Donc, quel critère est important pour l’utilisateur quotidien ?
- La durée du trajet ?
- La fréquence ?
Je penche sans hésiter, et d’expérience, pour le 2ème point, et donc, pour la 3ème voie. Que le trajet entre Lausanne et Genève fasse 33 minutes plutôt que 37, tant mieux, mais ce qui m’importe, c’est de pouvoir attraper mon train en arrivant juste à l’heure à la gare, et que si je le rate, je ne doive attendre le prochain que 10 ou 15 minutes et non 30 ou 35.
Ainsi, je peux prévoir mes connections de bus au plus juste, et ne pas avoir à (trop) courir pour attraper un train histoire de ne pas poireauter une demi-heure sur le quai. Je pourrai bien plus facilement raccourcir ma durée de trajet en ôtant la marge prise “pour être sûr de ne pas rater le bus qui me permettra d’être sûr de ne pas rater le train”, qu’avec un tout nouveau train permettant de gagner 2 minutes sur le trajet.
Une minorité des usagers habitent juste à côté d’une gare et travaillent juste à côté de l’autre. Tant mieux pour eux, ils ont tout compris. Pour les autres, les gains se font de part et d’autre de la gare, et non sur le trajet lui-même. C’est le principe de la logistique : on regarde l’ensemble de la chaîne (de transport dans ce cas).
A Lausanne aux heures de pointe, il arrive qu’un troupeau de pendulaires doive attendre très longtemps un bus n° 3 bloqué dans le trafic de l’avenue Ruchonnet. Les éventuelles minutes gagnées sur le trajet en train ne pèsent alors plus très lourd. Vivement le Métro M2 en 2008 !
De plus, davantage de fréquence signifie davantage de confort (des trains moins pleins) et moins de stress (pas besoin de courir, pas besoin de planifier). Je me sens bien plus heureux et tranquille sachant que mon trajet durera entre 1h10 et 1h25 que s’il fait entre 1h05 et 1h35.
Les autorités du Canton de Vaud semblent avoir compris cela dans leur plan directeur, en cherchant à densifier les zones près des gares, et augmenter les fréquences. De l’autre côté, Moritz Leuenberger parle encore de retrancher quelques minutes au trajet Lausanne-Berne (certes la moins occupée entre Genève et Saint-Gall, mais –hé– on traverse une barrière linguistique tout de même !), parle encore du Gothard, et encore du Gothard (tiens, cette fois ce n’était pas la faute du Lötschberg, pour changer) et parle du TGV pour nous mieux nous relier à nos amis français.
Bref, rien pour le pendulaire, en tout cas celui qui passe tous les jours devant la gare abandonnée de Féchy. (On pourrait parler de toutes ces gares qui ont déjà été fermées pour permettre la fréquence actuelle, mais ceci est une autre histoire.)
Ce que je ne comprenais pas, c’était la position de François Marthaler, le responsable politique vaudois, qui d’un côté superviserait le plan directeur mentionné ci-dessus, et de l’autre, cautionnerait les décisions de Moritz Leuenberger. En lisant le 24 heures du jour, j’apprends que cette coupe aurait été “soutenue”… par peur de perdre encore plus!
Vraiment, couper dans les investissements de transports publics de masse aujourd’hui, c’est difficile à comprendre, avec la croissance constante du trafic automobile.
Je terminerai ce billet avec un thème que je ne me lasse pas de répéter: rien n’est magique en ce monde. Pour résoudre la situation de l’augmentation des échanges et du trafic entre Lausanne et Genève, il y a plusieurs solutions, plus ou moins réalistes, chacune ayant leur coût économique et politique :
- Une 3ème voie de chemin de fer (on en a parlé), ou une 4ème, ou une nouvelle ligne en retrait du lac (je pique l’idée mentionnée par quelqu’un dans un forum du Temps)
- Une 3ème voie autoroutière (qui a ses détracteurs)
- L’interdiction de travailler à Genève pour les résidents lausannois et vice-versa.
- La généralisation des parkings gratuits aux sorties d’autoroute pour encourager le covoiturage, voire dédier l’usage d’une voie exclusivement pour les véhicules avec passagers.
- Etc.
On le voit, les possibilités existent, et la plus mauvaise d’entre elles est le statu quo, l’immobilisme. La décision de ne rien décider. Et c’est cette voie qui “est en voie” d’être sélectionnée pour l’instant.
En espérant que la mobilisation prenne et que les choses changent.
technorati tags: 3ème voie CFF Lausanne Genève